Moins de deux secondes et demie pour changer quatre roues : l’arrêt au stand est l’une des chorégraphies les plus impressionnantes du sport. Une vingtaine de mécaniciens, des gestes répétés des milliers de fois et une course qui peut se gagner ou se perdre dans la voie des stands. Voici comment se déroule un pit stop en Formule 1, seconde par seconde.
Pourquoi les pilotes s’arrêtent-ils aux stands ?
La raison principale est le changement de pneus. Le règlement impose d’utiliser au moins deux types de gommes différents pendant une course disputée sur piste sèche, ce qui rend au moins un arrêt obligatoire. Les pneus se dégradent aussi naturellement : au-delà d’un certain kilométrage, rouler sur des gommes usées coûte plus de temps que de passer par les stands.
Un arrêt permet aussi de :
- Remplacer un aileron avant endommagé
- Purger une pénalité de 5 ou 10 secondes
- Passer des pneus slicks aux pneus pluie quand les conditions changent
- Réparer un problème signalé par le drapeau noir à rond orange
À noter : le ravitaillement en carburant est interdit en course depuis 2010. Les voitures partent avec tout le carburant nécessaire à la distance du Grand Prix.
Comment se déroule un arrêt, seconde par seconde ?
Tout commence par le fameux message radio « box, box ». Le pilote quitte alors la piste et s’engage dans la voie des stands :
- L’entrée : le pilote franchit la ligne d’entrée des stands et active son limiteur de vitesse (80 km/h sur la plupart des circuits)
- Le positionnement : il s’immobilise au millimètre près sur les marques peintes devant son garage
- Le levage : deux mécaniciens soulèvent la voiture à l’avant et à l’arrière avec des crics
- Le changement de roues : trois mécaniciens par roue, un à la visseuse, un qui retire la roue usée, un qui monte la neuve. Une seule fixation centrale par roue
- La descente et le feu vert : la voiture retombe, le système valide que les quatre roues sont fixées et le pilote reçoit le signal de départ
- La sortie : le pilote relâche le limiteur en franchissant la ligne de sortie et rejoint la piste
L’opération mobilise environ vingt mécaniciens : douze pour les roues, deux aux crics, deux stabilisateurs, un à l’aileron avant si besoin et le contrôleur qui donne le feu vert. Chacun répète son geste des centaines de fois en usine pour gagner des dixièmes.
Combien de temps dure un arrêt au stand ?
Il faut distinguer deux mesures :
- Le temps d’immobilisation : entre 2 et 3 secondes pour un arrêt réussi. Les meilleures équipes descendent sous les 2 secondes, le record officiel se situant autour de 1,8 seconde
- Le temps total perdu : en comptant la traversée de la voie des stands à vitesse limitée, un arrêt coûte généralement entre 18 et 25 secondes selon le circuit
C’est ce temps total que les stratèges comparent au gain procuré par des pneus neufs pour décider du moment idéal pour s’arrêter.
L’undercut : quand l’arrêt devient une arme
Le moment de l’arrêt est l’une des principales armes stratégiques d’une course. Le scénario classique est l’undercut : s’arrêter un tour avant son rival direct, profiter de pneus neufs pour signer un tour très rapide, et ressortir devant lui quand il s’arrête à son tour.
À l’inverse, l’overcut consiste à rester en piste plus longtemps, en espérant que l’air libre et un rythme soutenu suffisent à repasser devant. Une safety car qui sort au bon moment peut aussi offrir un arrêt à prix réduit et redistribuer toutes les cartes.
Que peut-il mal se passer pendant un pit stop ?
La perfection n’est jamais garantie, et les erreurs coûtent cher :
- La visseuse qui patine : quelques dixièmes perdus, parfois plusieurs secondes
- L’unsafe release : relâcher la voiture dans la trajectoire d’une autre, sanctionné par une pénalité
- La roue mal fixée : la voiture doit s’arrêter immédiatement, l’équipe écope d’une amende et le pilote abandonne souvent
- L’excès de vitesse dans la voie des stands : pénalité de temps ou amende selon la session
- L’arrêt double raté : quand les deux voitures d’une équipe s’arrêtent au même tour, la seconde peut perdre de longues secondes à attendre
Les règles essentielles de la voie des stands
- Vitesse limitée à 80 km/h (60 km/h sur quelques circuits étroits comme Monaco ou Singapour)
- Ravitaillement interdit en course depuis 2010
- Personnel limité : seuls les mécaniciens nécessaires peuvent se trouver dans la voie des stands pendant l’arrêt
- Ligne blanche de sortie : la franchir en rejoignant la piste est interdit sur la plupart des circuits
- Temps minimum sous pénalité : une pénalité de 5 ou 10 secondes doit être purgée à l’arrêt avant toute intervention des mécaniciens
Pour situer les arrêts dans la stratégie globale d’une course, consultez notre guide du déroulement d’un week-end de Grand Prix.
FAQ
Quel est le record du monde d’arrêt au stand ?
Les arrêts les plus rapides de l’histoire descendent autour de 1,8 seconde d’immobilisation pour changer les quatre roues, un record détenu et battu à plusieurs reprises par les meilleures équipes du plateau.
Combien de mécaniciens participent à un arrêt ?
Environ vingt personnes interviennent : trois par roue, deux aux crics, des stabilisateurs, un responsable de l’aileron avant et le contrôleur qui valide le départ de la voiture.
Pourquoi le ravitaillement est-il interdit en F1 ?
Le ravitaillement en course a été interdit à partir de 2010 pour des raisons de sécurité (risques d’incendie) et de coûts. Les voitures embarquent désormais tout leur carburant au départ.
Combien d’arrêts un pilote fait-il par course ?
Entre un et trois selon la dégradation des pneus, la stratégie et les événements de course. Le règlement impose au minimum un arrêt sur piste sèche pour utiliser deux types de gommes.
Que signifie « box, box » à la radio ?
C’est l’instruction donnée au pilote de rentrer aux stands au tour suivant. Le mot « box » vient de l’allemand « Boxenstopp » et est préféré à « pit » car plus distinct à la radio.

